Les douleurs chroniques

Une douleur de l'âme et du corps

douleur

Sans doute l'histoire de la douleur chronique est-elle aussi vieille que celle de l'humanité. L'archéologue et l'historien en retrouvent des témoignages dans toutes les races et dans toutes les civilisations au cours des millénaires, jusque et y compris dans les dessins rupestres laissés par l'homme préhistorique (Moulin J. F., Bourreau F. 2000).

La demande de soulagement de la douleur est une demande fréquente.

Si la douleur aiguë a une fonction biologique d'alarme qui permet au sujet de protéger l'intégrité de son organisme, elle devrait cesser ensuite car toute douleur a des fonctions délétères tant sur l'organisme que sur le psychisme.

Il arrive que la douleur s'installe de façon chronique sans que l'on puisse trouver un substrat biologique ou que le seul substrat biologique ne permette pas à lui seul d'expliquer l'intensité et la chronicité de la douleur qui handicape lourdement le sujet et a des répercussions tant dans sa vie professionnelle que familiale et sociale.

Définitions et concepts

La douleur est définie comme une expérience sensorielle et émotionnelle désagréable, liée à une lésion tissulaire existante ou potentielle, ou décrite en terme évoquant une telle lésion (International Association for the Study of Pain).

Pour la Haute Autorité de la Santé (2008) La douleur chronique ou syndrome douloureux chronique est un syndrome multidimensionnel, lorsque la douleur exprimée, quelles que soient sa topographie et son intensité, persiste ou est récurrente au-delà de ce qui est habituel pour la cause initiale présumée, répond insuffisamment au traitement, ou entraîne une détérioration significative et progressive des capacités fonctionnelles et relationnelles du patient.

Pour Delavierre et al (2010), la notion de douleurs psychogènes qui est parfois proposée alors qu'il n'existe pas de définition reconnue va à l'encontre d'une approche globale des douleurs chroniques. Pour ces auteurs, il serait caricatural de définir deux catégories de patients douloureux chroniques, les organiques et les psychogènes. C'est par sa complexité et l'intrication de phénomènes psychologiques, organiques et psychosomatiques que se définit un syndrome douloureux chronique.

La catégorie des troubles somatoformes est développée par les psychiatres alors que celle de troubles somatiques sont les étiquettes médicales descriptives établies par les somaticiens.

Les syndromes somatiques fonctionnels

Le terme de symptômes << fonctionnels >> ou << médicalement non expliqués >> se réfère à des plaintes douloureuses sans cause lésionnelle sous-jacente ni physiologique pathologiquement avérée.

Chaque spécialité médicale en connaît au moins un type : la fibromyalgie pour le rhumatologue, le syndrome d'hyperventilation et douleurs thoraciques non cardiaques pour les pneumologues et les cardiologues, le côlon irritable pour le gastro-entérologue, le syndrome douloureux pénien et le syndrome de la douleur vésicale pour les urologues, les migraines et les céphalées chroniques pour le neurologue, les douleurs chroniques pelviennes pour le gynécologue...

Dans la pratique clinique, les syndromes fonctionnels sont très souvent associés entre eux.

Les douleurs fantômes

Les douleurs fantômes ont pour particularité de provenir d'une partie du corps que l'on n'a plus. Il peut s'agir de douleurs provenant d'un membre amputé ou d'un sein après une mastectomie. Ce phénomène a été décrit pour la première fois par Ambroise Paré au XVIè siècle.

Ces douleurs sont très corrélées à la perception du membre fantôme : il semblerait, en effet, qu'il existe un lien entre les deux. Dans le cas du membre fantôme, on note des sensations comme si la partie du corps était toujours présente. Environ 70 % des personnes ayant subi une amputation souffriraient de douleurs fantômes.

Les douleurs fantômes sont des douleurs de type neuropathique. Elles sont décrites comme des décharges électriques, des piqûres, des brûlures, des crampes, des sensations d'écrasement, des pressions, des coups de marteau... Ces douleurs sont intermittentes, seuls quelques patients les ressentiraient de façon constante.

Un facteur de risque pouvant conduire à une douleur fantôme serait l'intensité de la douleur perçue avant et au moment de l'amputation.

La douleur du membre fantôme est une douleur chronique qui réagit mal au traitement analgésique habituel. Sur le plan cérébral, une amputation est un épisode difficile, car elle nécessite des réaménagements complexes. Tant que ces derniers n'ont pas eu lieu, notre cerveau fait comme si le membre amputé était toujours présent. Le travail du psychothérapeute est d'aider le cerveau à prendre conscience de la disparition du membre amputé. Ce processus se fait normalement tout seul grâce à la grande plasticité du cerveau, mais ce processus est plus ou moins rapide, voire parfois complètement bloqué. C'est dans ce cadre que la psychothérapie EMDR est une thérapie à laquelle il est intéressant de faire appel.